Wikipedia et l'intelligence des foules

Certains professeurs s’obstinent à interdire à leur élèves ou étudiants de chercher des informations dans Wikipedia sous prétexte que cette encyclopédie est réalisée par « n’importe qui ».  En l’occurrence, « n’importe qui » désigne tous ceux dont le savoir n’est pas officiellement reconnu.

La célèbre Encyclopedia Britannica est publiée pour la première fois entre 1768 et 1771 à Édimbourg, en Écosse. Aujourd’hui, ses articles sont écrits par un personnel d’environ 100 éditeurs à plein temps et plus de 4 000 contributeurs experts.

L’Encyclopedia Britannica est un exemple parfait de ce qui se faisait « avant »: le savoir de quelques-uns est distribué à un grand nombre de gens.  Ce modèle pyramidal et hiérarchisé a été pendant longtemps le seul reconnu.  On le retrouve dans les religions, en politique, dans les entreprises et dans le web 1.0.  C’est exactement le modèle qui est remis profondément en question aujourd’hui.

Lorsque Jimmy Wales lance Wikipedia en 2001, il décide de donner la parole aux anonymes, partant du principe que les anonymes ne sont pas obligatoirement des crétins, et que chacun d’entre nous a des choses à dire, à partager et à apprendre aux autres.

La force de l’Encyclopedia Britannica est la qualité des articles.  Sa faiblesse est que ses experts n’ont pas assez de contradicteurs ou simplement de gens qui ne partagent pas leur avis.  Et surtout, les sujets traités sont relativement rares.  Vous n’y trouverez pas d’article consacré à Iran Khodro (un constructeur automobile iranien), ni à L’Archipel en feu, un roman de Jules Verne, ni au rebec, un instrument de musique médiéval.
Pourquoi?
Parce que ces sujets ont peu de chance de trouver grâce aux yeux des éditeurs de l’Encyclopedia Britannica.  
A l’inverse, des milliers de sujets qui n’intéressent qu’une poignée de lecteurs trouvent leur place dans Wikipedia.  C’est le miracle de la numérisation, quand le coût du stockage est infime.

Wikipedia repose ainsi à la fois sur la « sagesse des foules » de James Surowiecki (http://goo.gl/POj2y) et sur la théorie de « la longue traîne » de Chris Anderson (http://goo.gl/dCBTV), deux livres fondamentaux pour comprendre la révolution numérique.

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